Apolonia SOKOL I GALERIE DUTKO Bonaparte

Du vendredi 14 octobre 2016 au samedi 12 novembre 2016

APOLONIA SOKOL I HEARTBREAK HOTEL

Vernissages 

Jeudi 13 octobre de 17h à 21h

Samedi 15 octobre de 15h à 19h

And although it’s always crowded,
you still can find some room.
Where broken hearted lovers
do cry away their gloom.
Elvis Presley – Heartbreak Hotel (1956)

Les peintures d’Apolonia Sokol empruntent au passé comme au présent. Elle peint la vie contemporaine à travers des portraits d’amis, d’amours et d’inconnus dont elle capte la présence, le visage et le mouvement des corps. Les portraits résultent d’un processus d’hybridation mêlant des références à l’histoire de la peinture, de la Préhistoire à aujourd’hui, mais aussi des photographies personnelles de l’artiste (le plus souvent des polaroids) et d’autres images glanées sur Facebook et Instagram. Les peintures créent des interférences. Munch y croise Hilma af Klint. Balthus rencontre l’illustration d’une carte de Tarot. Whitney Houston dialogue avec Hokusai, tandis que Victor Brauner entre en collision avec Leonardo Da Vinci et Tamara de Lempicka. Tous les registres sont combinés, de la peinture classique à la musique pop, Apolonia Sokol revisite la figuration humaine de manière transversale et éclatée. Par leurs sujets et leur traitement pictural, les œuvres génèrent une tension et une complexité inhérentes au regard porté sur l’autre, au face à face, aux relations humaines et intimes. Les figures, réalisées à échelle 1 pour les grands formats, engagent une confrontation physique. Yeux clos, regards détournés ou fixés sur le regardeur, elles semblent flotter dans un espace-temps indéterminé. Apolonia Sokol trace une ligne de flottaison, sur laquelle elle déambule entre différents territoires. Chaque portrait recèle en effet un flux de sentiments « entre-deux », entre le passé et le présent, entre la vie et a mort, entre le privé et le public, entre la fascination et la répulsion, entre le fantasme et la peur, l’intimité et le voyeurisme. En puisant dans une pluralité de dichotomies existentielles, l’artiste explore une zone où les notions d’inconfort et de séduction cohabitent, s’attirent et de rejettent.

Les dernières œuvres fouillent dans l’histoire et la représentation des Femmes : la muse, le modèle, la sorcière, la sainte, l’amante, la déesse, l’adolescente ou la reine. Féminines, masculines, androgynes, seules ou en couples, armées, lascives, masquées, les portraits de femmes conjuguent les histoires, personnelles et collectives. De Lilith à Méduse, en passant par Sainte Agathe et Salomé, l’artiste décloisonne les temporalités, les mythes, les cultures et les religions pour donner forme à une peinture syncrétique. Si la citation et l’association sont des pratiques courantes en peinture, Apolonia Sokol s’empare de cette nourriture et génère une peinture que je qualifierais de marginale et radicale. Si les figures ne sont ni exagérément exubérantes ni provocantes, leurs attitudes indifférentes et puissantes expriment une insolence rayonnante.

Julie Crenn