Robert Courtright

Collages / Masques
Jean-Jacques Dutko, 2013

Avant Propos par Jean-Jacques Dutko

 

Je me souviendrai toujours du regard bleu de Robert.

 

Pendant près de 30 ans, au gré de l‘amitié qui m’unissait à lui, au gré des expositions que j’ai organisées pour son oeuvre, nous avons été presque des frères, partageant avec Bruno Romeda une certaine idée d’une fraternité recomposée.

Plusieurs fois par an, ils venaient tous deux chez moi, pour le travail, le plaisir d’aller ensemble voir des expositions, rire aussi faisant partie de cette relation si proche. J’allais souvent à Opio, leur domaine, leur maison, cet endroit si beau du sud de la France où je viens de passer le dernier Noël avec eux. Robert, pour moi, au-delà de l’amitié, c’était aussi ses oeuvres qui ont ponctué ma carrière de marchand, dont j’ai su parler et ainsi convaincre mes clients de se laisser porter par la rigueur si

poétique de ses collages ou de ses masques. La multiplication de ses rectangles, méticuleux et précieux, minutieux et mimétiques, parallèles et juxtaposés ou spirituellement opposés, s’emboitant et se télescopant çà et là, offrait ainsi les paillettes d’un kaléidoscope bernant l’oeil à l’infini.

 

Toujours de son oeil bleu, Robert n’annonçait pas la couleur, il la posait, par surprise en général, aux hasards de ses résurgences de l’homme du Sud. Une fois encore, parce-que c’était prévu entre nous, je vais exposer ses oeuvres dans ma galerie de l’Ile Saint Louis. Il y a quinze jours, il m’avait envoyé les photos des tableaux qu’il comptait exposer. Je lui ai dit au téléphone comme je me réjouissais de cet évènement prometteur, de le savoir présent lors du vernissage, de la manière dont on allait placer ses tableaux. De son rire enfantin, il s’amusait de la nouvelle, de venir à Paris, de jouer à l’artiste. On en parlerai à Opio à Noël, on finaliserait le tout, on boirait au succès certain.

 

Son sourire et son regard ne me quitteront pas. Sa vision de l’art non plus. Ce tenfant américain, qui maniait trois langues avec aisance, sans se départir de son irréductible accent US, continuera à être présent par son oeuvre bien sûr mais avant tout par cette personnalité si particulière des êtres que l’on n’oublie pas.