Afi Nayo

Œuvres
Biographie

Voici des œuvres qui s’adressent aux yeux qui n’ont pas peur de voir. C’est qu’ils ont pris l’habitude, nos yeux, de se retrancher derrière les idées, préférant se faire intelligents plutôt qu’être troublés, séduits ou même bouleversés. Au sens le plus fort du mot, c’est bien ici de charmequ’il s’agit. De ce qui fait qu’un regard est pris par une vision et que celle-ci transforme celui qui est, si on ose dire, au bout de ce regard. L’art qui n’est qu’agrément, s’exerçant à la joliesse ou à la distraction, est ainsi l’agent d’un change. Ni le mécanisme ni le résultat ne sont faciles à analyser, mais les implications en sont physiques, psychologiques, spirituelles. Un art magique est donc encore possible, un art qui par les sens nous atteint au plus profond. 

 

 

L’art d’Afi Nayo, sans complaisance spectaculaire, opère une magie discrète, sans violence, pour qui l’accepte. Qu’on lui prête attention, dans cette disponibilité sans préjugé ni arrière-pensée hors de laquelle l’art ne peut vivre, et l’on peut bien être entraîné dans un monde, celui de l’artiste, ou la vieille danse cosmique se joue d’une manière nouvelle qui n’appartient qu’à celle qui, dans le bois, grave les signes d’une délicate incantation visuelle. Bien qu’ils ne soient pas régis par les règles d’une figuration réaliste - silhouettes rapides et fantaisistes – on reconnaît un rhinocéros, un varan, un poisson, un tigre, un caméléon, quelques autres animaux plus ou moins imaginaires, des masques aussi, souvent disposés dans les cases tels des hiéroglyphes d’un langage inconnu. Un langage qui n’appartient qu’à Afi Nayo, son langage de femme et d’artiste, aux couleurs de terres noires, rouges ou blanches qui donnent à ses tableaux des airs de plaquettes anciennes. Des mots, des phrases peuvent aussi s’inscrire, qu’on déchiffrera avec plus ou moins de peine. Il y a là du journal intime, une poétique de la confidence. De la confidence, mais non de l’effusion, dans la plénitude d’une forme accomplie. L’intimité ici n’est pas narcissisme. Elle est voix individuelle, expérience personnelle, mais qui se donne en partage. Elle est don d’une profondeur. 

 

La magie de l’art est dans ce don, qu’il faut savoir accueillir, d’une présence énigmatique, jouissive par sa présence même et néanmoins faite de signes auxquels il nous appartient, si nous le voulons, de donner du sens. Encore faut-il savoir que tout signe, s’il a été fait avec ferveur et s’il est reçu de même, convoque un esprit. Afi Nayo est une magicienne, en magie blanche, qui appelle sur nous quelques esprits bénéfiques. Pour peu que nous ayons la nostalgie d’un monde réellement animé,nous lui saurons gré de détenir les clefs avec lesquelles il lui est possible d’ouvrir une brèche dans le mur de notre raison.